Système politique traditionnel
Le Shehu (cheikh) de Borno est la plus haute autorité traditionnelle des Kanuri, résidant à Maiduguri (Borno State, Nigeria). Son autorité est reconnue symboliquement par les quelque 4 millions de Kanuri des pays voisins. La dynasty al-Kanemi (depuis le début du 19e siècle) a supplanté la dynasty sayfawa. L'Emirat de Borno trace sa descendance directe de l'empire du Kanem-Bornu fondé avant 1000 de l'ère commune. Au Niger et au Tchad, les Kanuri et Kanembu sont organisés en sultanats et chefferies locales (Sultan de Zinder au Niger, Alifa de Mao au Tchad). Le système politique traditionnel repose sur une hiérarchie de chefs de village, de canton et de région.
Organisation clanique
Structure patrilinéaire organisée en clans et lignages. Les clans nobles revendiquent une ascendance directe des mâïs de l'empire du Kanem-Bornu. L'aristocratie kanuri (kagama) formait historiquement une classe privilégiée administrant les différentes provinces de l'empire (524 fiefs en 1893 selon les sources coloniales). Les clans artisanaux (forgerons, potiers, cordonniers, tisserands) constituent des groupes endogames à statut inférieur.
Rôle des lignages
Les lignages patrilinéaires déterminent l'appartenance sociale, les droits à la terre, l'accès aux ressources et les alliances matrimoniales. La transmission des titres et des chefferies suit la ligne masculine. Les femmes n'ont traditionnellement pas de droits d'héritage sur la terre, bien que cela évolue sous l'influence des lois nationales et islamiques. Les Nga du Bauchi State (Nigeria) tracent leur origine à une diaspora kanuri, illustrant l'importance des lignages dans la construction identitaire.
Autorité religieuse
Islam sunnite malékite, pratiqué depuis le 11e siècle. Les oulémas (savants islamiques) jouent un rôle crucial depuis l'époque de l'empire du Kanem (hostel kanuri au Caire, financé pour les pèlerins, 14e siècle). Les confréries soufies Tijaniyya et Qadiriyya sont actives. Les chefs religieux locaux (imams, malams) gèrent les mosquées et les écoles coraniques (khalwa). L'autorité des oulémas et des chefs traditionnels se renforce mutuellement dans la légitimation du pouvoir.