Système politique traditionnel
Le tajmaat (assemblée villageoise, en tifinagh : ⵜⴰⵊⵎⴰⵄⵜ) est l'institution politique fondamentale de la société kabyle. Composé des hommes adultes (traditionnellement ceux qui jeûnent le Ramadan), il exerce des fonctions législatives, exécutives et judiciaires au niveau villageois. Il adopte des règles coutumières contraignantes (qanun ou izref) régissant la propriété foncière, la distribution de l'eau, la résolution des conflits, l'héritage et les obligations communautaires. Les sanctions sont des amendes (leghram) et des sanctions sociales plutôt que des peines corporelles. Le système est fondé sur la délibération collective et le consensus.
Organisation clanique
Les villages kabyles sont divisés en clans rivaux (adhrum, pluriel idherman). La société est organisée en castes fonctionnelles : les forgerons et les bouchers sont maintenus à distance sociale. Il existait historiquement une classe de serfs (anciennement d'esclaves). Chaque famille reconnaît un ancêtre masculin commun et constitue une unité revendiquant des droits sur le patrimoine familial.
Rôle des lignages
Le foyer (axxam) est l'unité de base, généralement centré sur la famille patrilinéaire nucléaire. La structure familiale est une démocratie autoritaire : le chef de famille contrôle et administre toutes les affaires du ménage, mais doit parvenir à un accord avec le reste de la famille. Le bannissement familial est la punition ultime. Les lignages (adhrum) structurent l'organisation sociale et foncière.
Autorité religieuse
Le tajmaat intègre souvent un imam marabout comme secrétaire, chargé d'enregistrer les décisions et d'assumer des fonctions religieuses et éducatives. Le culte des saints (maraboutisme, ziara) joue un rôle social important. Les confréries soufies (Rahmaniyya, Qadriyya) ont une influence significative. La Rahmaniyya, fondée au 18e siècle, est particulièrement enracinée en Kabylie et a joué un rôle dans les résistances anticoloniales.